Témoignages
Dans cette page, les fondatrices de l'association (Chantal et Florence) souhaitent vous faire part de leur témoignage personnel face à la difficile
épreuve qu'elles ont traversée.
Aller directement au témoignage de Florence
"Devenir mère dans les larmes" (témoignage de Chantal)
Avoir un enfant n’a jamais fait partie de mes priorités, je ne m’imaginais pas devenir mère un jour. Cette idée a commencé
à germer dans mon esprit après le décès subit de ma maman. J’ai senti au fond de moi l’envie de donner la vie pour contrer
cette mort injuste. Ce décès me permettait aussi d’envisager une vie de femme, de mère; je n’étais plus uniquement la
fille de ma maman.
En commun accord avec mon mari, j’ai arrêté la pilule début 2003 sans vraiment imaginer que j’avais des chances d’être
enceinte. En effet, mon âge avancé (40 ans), mon obésité et mes cycles menstruels totalement loufoques ne présageaient rien
de bon.
7 mois plus tard je découvrais, un peu paniquée, un joli + sur le test de grossesse. Je parle de panique car, je n’avais
pas remis les pieds chez un gynécologue depuis 20 ans et ma première étape fut de trouver un professionnel. Lors de la
première visite, je découvris sur un écran ma minuscule crevette logée dans mon ventre et un élan d’amour me parcouru.
Ma grossesse se passait très bien, j’étais en pleine forme.
Pour la 3e visite mon mari a enfin pu m’accompagner et nous étions fous d’impatience. Malheureusement, dès le début de
l’examen, j’ai senti que quelque chose n’allait pas, je serrais de plus en plus fort la main de mon époux et lorsque le
verdict tomba « le cœur de votre bébé s’est arrêté de battre», j’ai cru que le ciel nous tombait sur la tête. Ce n’était
pas possible, nous n’avions pas bien compris ! Et pourtant oui, c’était bien ça, notre bébé était mort à 15 semaines de
grossesse. Il n’y avait plus rien à faire.
Nous avons pleuré toutes les larmes de notre corps et sur le chemin qui nous ramenait à la maison, nous avons croisé des
femmes enceintes… c’était tellement douloureux.
Le lendemain, je rentrais en clinique pour un curetage, tout était fini !, je me sentais si vide, si inutile, incapable de
porter la vie. Pour moi il était évident que l’aventure s’arrêtait là, je reprendrais la pilule dès le retour de couches,
quel horrible mot dans de telles circonstances...
Contrairement à toute attente, cette épreuve nous a fait prendre conscience que nous désirions vraiment un enfant et le
retour de couches n’a pas signifié reprise de la pilule.
Peu de temps après, une nouvelle petite vie se logeait dans mon ventre.
Cette nouvelle grossesse s’est très bien déroulée, aucun problème de santé à signaler (une petit insomnie durant les 9 mois
et un fort reflux gastrique les 2 derniers mois mais rien de vraiment grave), une forme olympique, bref une grossesse
idéale. Bien entendu, nous restions inquiets à chaque examen et nous n’avons pas réussi à imaginer notre vie avec notre
enfant, nous avions trop peur d’une nouvelle catastrophe. En raison du vieillissement de mon placenta, mon gynécologue a
préféré déclencher l’accouchement 2 semaines avant le terme. J’ai donc terminé mon travail le vendredi soir et suis
rentrée à la clinique le dimanche soir pour un déclenchement programmé. Chaque étape de cette technique m’a été fort bien
expliquée et j’ai eu une équipe de professionnels fantastique mais voilà... 48h plus tard, un col ouvert à 1 cm, il fallut
passer à la solution finale, la césarienne. Même avec cette intervention radicale, bébé restait bien accroché, il avait
fait la fiesta et le cordon ombilical était enroulé autour du cou, d’un bras et d’une jambe !!!! Un peu difficile de sortir
harnaché ainsi.
Notre fils est né le 19 octobre 2004 à 20:48. Une merveilleuse émotion m’a envahie à la vue de mon bébé, je me souviens très
bien lui avoir dit "Bienvenue Noam, nous sommes tes parents, nous t’aimerons toujours et serons toujours là pour toi", à
cet instant précis, je ne savais pas encore que ces mots tendres et rassurants seraient à la fois les premiers et les
derniers qu’entendrait mon fils avant bien longtemps.
J’ai passé une excellente nuit (merci la morphine !) et le lendemain matin j’étais en relative bonne forme. Je me suis
levée (merci les lits électriques !) et avec l’aide d’une infirmière, j’ai pu prendre une douche puis aller à la nurserie
pour m’occuper de mon bébé. Par sécurité, je n’ai pas donné le bain mais j’ai effectué les soins de base avec beaucoup de
maladresse mais un réel plaisir.
Je n’ai pas souhaité allaiter nous avons donc donné le premier biberon à notre petit amour qui s’est avéré très vite être
un petit glouton, il est vrai qu’il a de qui tenir…. Ce début de journée se passait bien, nous étions heureux, je ne
souffrais pas particulièrement et l’équipe médicale était très chaleureuse. Bien entendu dans le courant de la journée,
les visites ont commencé et, ce va-et-vient, m’a saoulée. Je n’osais pas dire que je ne voulais plus de visite et pourtant
je n’en pouvais plus. Finalement, une infirmière est venue à mon secours et a gentiment mis tout le monde à la porte.
J’ai donc pu me relaxer et me reposer.
Après une bonne nuit de repos je me suis levée en très bonne forme physique mais moralement c’était une toute autre affaire.
Je m’occupais de mon enfant mais dès qu’il pleurait j’étais paniquée, incapable de le calmer et bien entendu je me sentais
mauvaise mère, une maman sait forcément répondre aux attentes de son bébé. Ces cris, ces pleurs m’énervaient très vite et
j’utilisais la solution de facilité qui se présentait à moi, je ramenais mon bébé à la nurserie. De retour dans ma chambre
je m’effondrais en larmes. L’équipe de la clinique est tout de suite intervenue auprès de moi et m’a entourée à merveille.
J’ai très clairement exprimé mes angoisses, mes peurs, et j’ai senti que l’on m’écoutait, même l’anesthésiste est venu me
parler ! On m’a même proposé par sécurité de fermer à clef les fenêtres de ma chambre pour éviter un drame. Très vite un
pédopsychiatre est venu pour parler longuement avec moi, j’ai réussi à lui dire que mon fils était né 4 ans (presque jour
pour jour) après le décès de ma maman et que son absence était très douloureuse.
Le reste du séjour s’est passé entre larmes et prise de tête, les professionnels ont toujours été présents pour écouter et
respecter ma douleur et je les en remercie. J’étais bien dans ce milieu protégé mais voilà il a fallut quitter ce cocon
pour affronter la réalité et là, la descente aux enfers a pris la vitesse supérieure.
De retour à la maison j’ai été totalement épaulée par mon mari qui heureusement était au chômage, nous nous sommes répartis
les tâches, lui s’occupait du bébé la nuit et moi, la journée. Techniquement je me suis occupée de mon fils comme un robot,
je n’éprouvais aucun sentiment d’amour pour cet enfant bien au contraire. C’était un enfant qui pleurait beaucoup et qui
ne dormait pas plus de 40 minutes d’affilées, il avait de gros problèmes de régurgitations. Je n’arrivais pas à calmer ses
pleurs et je n’arrivais pas à me poser 5 minutes, je crois bien d’ailleurs ne pas avoir pris plus d’une douche par semaine
au début.
Je me sentais totalement incapable de gérer ce petit être qui perturbait ma vie, qui dérangeait ma tranquillité, qui était
dépendant de moi à 100 %. Heureusement ma meilleure amie a pris très régulièrement mon fils durant le week-end et c’était
une renaissance pour moi. Mais ce n’était pas suffisant, je n’éprouvais que de la haine envers mon fils, je lui ai dit des
mots terribles ; j’ai souvent été très brusque avec ce petit être innocent et surtout je me disais que c’était lui ou moi.
J’ai souvent eu des flashs de suicide ou d’infanticide. Chaque matin j’ai souhaité que mon enfant ne se réveille pas,
malheureusement il se réveillait, j’ai espéré ça durant 20 mois !
Je voulais faire adopter mon enfant mais bien entendu mon mari s’y opposait, j’aurais pu donner mon fils au premier passant
croisé dans la rue, tout, tout, tout pourvu que ce cauchemar cesse. De toute manière quiconque saurait bien mieux s’en
occuper que moi, sa propre mère. Je ne comprenais pas pourquoi le congé maternité devait durer 4 mois, c’était long,
beaucoup trop long, je rêvais de pouvoir retravailler, de pouvoir « oublier cet enfer», au moins pendant la journée.
J’implorais Dieu pour qu’il me vienne en aide, moi qui ne suis pas croyante, j’espérais un miracle, j’espérais simplement
que mon fils s’étouffe dans ses pleurs.
Après deux mois de pleurs quotidiens, de hurlements, de désespoirs, j’étais devenue un véritable zombie, j’errais dans les
rues avec mon fils porté en écharpe sans savoir où j’allais. Je me souviens parfaitement que je regardais les illuminations
de Noël et les gens stressés par les achats de dernière minute et nous deux, plantés là, telles des statues figées dans le
froid. J’avais envie de hurler mais rien ne sortait de ma gorge, j’étais une morte vivante.
Je me sentais seule, abandonnée, ma maman me manquait terriblement, j’aurais tellement voulu qu’elle soit là avec moi pour
me guider, pour me protéger, pour protéger mon fils de mes colères, de ma folie. J’aurais voulu qu’elle me prenne dans ses
bras, qu’elle me dise qu’elle était fière de moi, fière que je sois devenue mère à mon tour. J’aurais voulu qu’elle
connaisse mon enfant, elle qui les aimait tant !
A la veille de Noël, j’ai téléphoné à une psychiatre qui m’a reçue immédiatement, la fin du tunnel approchait. J’ai été
écoutée et mise sous antidépresseurs, cette prise en charge m’a aidée mais mon mal être est resté sans nom, jamais je n’ai
entendu prononcer le mot dépression du post-partum. Jamais on ne m’a proposé une hospitalisation en unité mère-bébé et
pourtant c’est ce que je souhaitais, j’avais besoin d’un contexte rassurant autour de moi afin que je puisse devenir mère
en toute sérénité et sécurité pour nous deux.
N’en pouvant plus, je décidais de laisser mon fils dormir sur le ventre, il risquait la mort subite du nourrisson, ça ne
m’inquiétais pas le moins du monde, si seulement ça pouvait arriver, oh oui, si seulement il pouvait arriver un accident.
Cette décision qui sortait des recommandations pédiatriques était ma première liberté, c’était MA décision et je l’assumais
totalement et pour la première fois depuis plus de 2 mois, mon bébé a dormi calmement et sereinement durant 4h ! Quelle
paix.
Début janvier nous sommes partis dans ma belle famille et là, j’ai enfin pu souffler. Le voyage a été long et rempli
d’événements imprévus (décollage de l’avion avec 3h de retard, la liaison que nous devions prendre ne nous a pas attendu
donc, transport par car dans un hôtel pour y finir la nuit et repartir sur le prochain avion qui décollait tôt le lendemain
matin). Malgré cette petite aventure j’ai passé les meilleures vacances de ma vie, entourée par ma belle famille. J’ai été
dorlotée, écoutée, soutenue dans mon rôle de maman sans jamais être jugée. Enfin quelqu’un s’occupait de moi, j’avais
tellement besoin qu’on prenne soin de moi, je voulais tant me retrouver enfant. Mais voilà tout à une fin et le retour a été
extrêmement rude. Heureusement, mon fils allait commencer la crèche et moi reprendre mon travail, l’avenir semblait
légèrement plus ensoleillé.
Mon travail m’a beaucoup aidé à surmonter cette période difficile, durant la journée je pensais à autre chose, je parlais
avec des personnes intellectuellement intéressantes, j’évitais les questions se rapportant à mon enfant et tout allait bien.
Mais je voyais les week-ends arriver avec une angoisse terrible, passer 2 jours avec mon fils étaient une véritable torture,
j’avais les nerfs à fleur de peau, je ne le supportais pas. J’avais peur de moi, de ma furie.
Je m’en voulais d’être ainsi mais je n’arrivais pas à trouver l’aspect positif d’avoir un enfant, c’était un boulet que je
trainais et que j’allais devoir traîner encore des dizaines d’années.
Le soir en rentrant du travail je repoussais au maximum l’heure pour récupérer mon fils à la crèche. Lorsqu’enfin je me
décidais, j’avoue que je ressemblais plus au condamné qui monte à l’échafaud plutôt qu’à une maman qui va rechercher son
enfant.
Ce calvaire a duré des mois avant que de petites lueurs d’espoir ne pointent leur nez, de courtes durées au départ puis de
plus en plus persistantes.
Lorsqu’enfin j’ai donné sa place à mon fils et que j’ai réussi à lui dire des mots d’amour avec mon cœur, notre relation a
pris un tout autre virage. Il voulait simplement que je le considère comme mon enfant et non comme un intrus. Je lui ai
souvent demandé pardon pour tout le mal que je lui ai fait, je lui ai expliqué mon mal être, combien je culpabilisais
d’être comme ça, combien j’étais triste d’être une mère aussi peu maternelle. Je crois qu’il a compris ce que je voulais
lui dire.
Il m’a fallu 20 mois avant que je puisse enfin dire, c’est derrière moi. J’ai beaucoup appris sur moi-même, j’ai souvent eu
peur de mes accès de colères, je me suis perdue pendant tout ce temps. J’ai aussi appris qu’on occultait totalement cette
maladie, qu’il est tabou de ne pas être super épanouie et comblée par l’arrivée d’un bébé. On ne sort pas indemne d’un tel
cataclysme, je sais aujourd’hui où mettre mes priorités, j’ai compris que j’avais le droit d’être telle que je suis et non
celle que les autres veulent que je sois, je me sens forte et capable de braver l’avenir la tête haute.
Je ne pourrai jamais oublier ces presque 2 ans de galère, je ne peux pas me contenter de tirer un trait sur ce passé. Je ne
peux pas rester bras croisés face à d’autres mamans vivant une telle détresse, la dépression du post-partum doit être
connue aussi bien dans les milieux professionnels, sociaux et éducatifs, c’est un mal terrible qui peut détruire une
famille. Je veux pouvoir rester à l’écoute des mamans dans cette situation mais aussi agir au niveau de la prévention.
Je ne sais pas encore comment concrétiser cette action mais je veux m’investir dans cette direction.
Je tiens à remercier sincèrement mon amie pour sa disponibilité et mon mari pour son soutien, sa patience, son amour et
sans lesquels je ne serais certainement pas là pour témoigner de cette traversée du désert.
Pour conclure je citerai les paroles récentes d’une éducatrice « Noam est un enfant équilibré, il est heureux de vivre, on
voit bien qu’il rayonne ce petit.» Et celles de mon fils « Ma meilleure copine c’est maman ».
Chantal
Juin 2007
"Ma dépression post-partum" (témoignage de Florence)
Notre fille est née en novembre 2005 en nous comblant de bonheur, elle était si désirée et attendue depuis presque deux ans.
Effectivement, j’ai eu un peu de peine à tomber enceinte et après avoir subi plusieurs examens médicaux qui n’ont révélés
aucun problème spécifique, l’insémination artificielle nous a malgré tout été conseillée afin de maximiser nos chances.
Quelques semaines plus tard, il s’est avéré que j’étais tombée enceinte tout naturellement pour notre plus grande joie.
J’avais certainement relâché la pression !
Ma grossesse s’est passée merveilleusement bien. Je débordais d’énergie, j’avais beaucoup de projets en tête, une grande
motivation pour acheter les petites affaires de notre futur bébé, tout allait pour le mieux. J’ai eu quelques soucis de
rétention d’eau à la fin de la grossesse mais rien de bien méchant.
Comme notre fille n’était pas positionnée comme il le fallait (elle était en siège pendant les 9 mois), une version était
programmée. Nous nous sommes présentés à la clinique comme prévu. La version fut un succès mais quelques soucis au placenta
m’ont fait rester en observation sur place. Il a été décidé de provoquer l’accouchement.
Finalement, après plusieurs heures de souffrance, le col suffisamment ouvert, le travail pouvait commencer. Malheureusement,
notre fille désirait rester au "chaud", elle avait mis sa main sur sa tête, ce qui rendait l’accouchement pas voie basse
impossible. Je n’échappais donc pas à la césarienne d’urgence ! Après quelques minutes d’opération, ma fille est née en
pleine santé vers 01h00 du matin. Elle était si mignonne, nous étions mon mari et moi très émus.
On m’a raccompagnée dans ma chambre en pleine nuit. Mes émotions furent tellement fortes durant ces dernières heures que je
ne pus fermer l’œil.
Les insomnies commençaient à pointer leurs nez ! Les heures et les jours passèrent, j’étais très fatiguée, la cicatrice de
la césarienne était très douloureuse m’empêchant de me lever de mon lit. Après 2 jours, j’ai pu prendre une douche mais en
me déplaçant très lentement avec le dos en avant, comme une personne âgée. Mon sommeil était très perturbé, je ne dormais
presque plus, je devais prendre des somnifères afin de pouvoir dormir quelques heures. L’angoisse était là, ne sachant pas
pourquoi elle était là et ne comprenant rien à mon état.
Les visites de la famille et des amis ne s’arrêtaient pas, le défilé était constant durant toute la journée. J’étais
complètement épuisée. C’est alors, un jour en fin de journée, trois jours après l’accouchement que j’ai craqué, mes larmes
coulaient à flot, je ne comprenais pas ce qu’il m’arrivait, j’étais angoissée, seule au monde, triste, désemparée, alors que
j’étais supposée être au paradis, heureuse.
Dès lors, nous avons interdit toutes visites, mon mari les recevaient dans le couloir.
Je pleurais des heures entières en me sentant coupable, en ayant aucune énergie positive et en refusant d’admettre que
peut-être, je devais avoir besoin d’aide. Je fondais en larmes aussitôt que je prenais ma puce dans mes bras mais je
mettais mon état sur le compte du baby blues !!!! Ça allait certainement passer dans quelques jours !!!! J’essayais de me
cacher devant les infirmières, car j’avais honte. J’espérais croiser une maman dans mon état afin de soulager ma conscience
mais toutes étaient si joyeuses à la nurserie que je rentrais dans ma chambre encore doublement honteuse et
désespérée.
De plus, ma fille avait de la peine à téter au sein, elle ne prenait pas de poids, ce qui ne rendait pas les choses faciles.
Elle devait certainement ressentir mon état de souffrance. Nous avons donc dû incorporer le biberon dès le 3 ou 4ème jour de
clinique. Encore une couche de culpabilité qui me tombait dessus ! "Je n’étais pas capable d’allaiter comme toutes les
autres mères".
Plusieurs infirmières ont pu constater mon état mais personne ne m’a proposé une solution, une aide quelconque, une écoute
neutre, une proposition d’être prise en charge par un médecin spécialiste. Je me sentais seule dans ce tunnel sans fin.
Après une prolongation de mon séjour à la clinique, nous sommes rentrés à la maison en fin de journée en faisant un saut à
la pharmacie homéopathique afin d’acheter une « solution miracle » qui me ferait dormir. Mon mal était malheureusement plus
profond.
Malgré l’aide précieuse de mon mari, le retour au domicile fut très difficile, je ne savais pas par quel bout commencer.
Ma fille pleurait, il fallait stériliser les biberons, doser le lait en poudre, préparer les biberons pour la nuit,
stériliser les téterelles, préparer le repas, ranger les diverses affaires, s’atteler aux tâches quotidiennes, etc...
J’étais paniquée et j’angoissais pour un rien, tout me semblait une montagne alors qu’auparavant, je pouvais manager
plusieurs choses en même temps sans aucun souci, j’étais une personne très organisée. Je ne me reconnaissais pas, c’était
une nouvelle Florence désorientée, triste, seule, etc.
La nuit ne fut pas du tout reposante, je dormais au mieux quelques heures ou presque pas.
La sage-femme vint le lendemain. Elle fut d’une grande aide, elle répondit à beaucoup de nos interrogations et nous aida à
donner le premier bain de notre fille à domicile, car j’étais complètement paniquée à l’idée de lui donner le bain qui est
normalement si simple et si amusant. J’étais tellement soulagée pendant sa présence, elle me comprenait bien.
En voyant mon état, elle venait me voir tous les deux jours. La situation ne s’améliorait pas, je faiblissais de plus en
plus et mon moral chutait également.
Un samedi, elle me conseilla de téléphoner à ma gynécologue afin de me prescrire des somnifères. Je n’aurais pas pu ainsi
tenir une nuit supplémentaire, il fallait faire vite. Comme l’allaitement n’était pas une partie de plaisir pour ma fille
comme pour moi-même, j’ai arrêté au bout d’un mois, de ce fait, mon mari pouvait également donner le biberon durant la
nuit. C’était un petit soulagement mais ça n’arrangeait pas ma culpabilité.
Plusieurs nuits se sont passées et une nette amélioration se faisait ressentir grâce aux somnifères, mon sommeil revenait
petit à petit, j’ai pu me sevrer assez rapidement. Les choses n’étaient pas réglées pour autant !
Les mois ont passés et mon moral était revenu au beau fixe malgré mon sommeil qui n’était jamais revenu comme auparavant.
Toutefois, j’étais encore très soucieuse et angoissée pour de petites choses, je voulais donner le maximum de moi-même à ma
fille, être une mère parfaite, combler les manques que j’ai pu ressentir étant enfant, j’étais totalement perfectionniste :
petits pots mijotés avec amour, très précise dans les horaires du coucher, des siestes, des repas, je ne voyais pas la
nécessité de lui faire passer une nuit chez ses grands-parents, car je ne faisais confiance à personne. Rien ne devait
passer au hasard, je devais être présente auprès d’elle à chaque instant afin qu’elle puisse me sentir à ses côtés 24 heures
sur 24. J’avais peur de ne pas remplir mon devoir de mère "parfaite".
J’avais un agenda de ministre tout en respectant le rythme de ma fille. Entre les activités d’échange entre enfants, les
rendez-vous entre amies, les invitations d’amis à la maison, les week-ends à l’extérieur, les courses, le ménage, les
rendez-vous chez les médecins, etc. j’étais une femme qui était devenue hyperactive sans m’en rendre compte, signe
précurseur de la dépression. Malgré plusieurs avertissements de mon mari, je ne diminuais aucunes des mes activités, je
n’acceptais pas de ne pas pouvoir tout faire comme avant. Je voulais être la « super women », la femme parfaite, la maman
heureuse et épanouie qui résiste à tout !
Une très grande fatigue s’est alors installée, je me forçais à tenir le coup, je mettais bien évidemment ma santé en danger. Je rêvais souvent de grasses matinées….
Les quelques facteurs suivants auraient dû m’alerter : sommeil léger avec des phases de réveil (ma fille faisait déjà ses 12
heures de suite), les grasses matinées inexistantes alors que j’étais une très grosse dormeuse auparavant, l’hyperactivité,
l’angoisse, le perfectionnisme, l’absence de moment de repos et de plage libre pour moi-même, une grosse fatigue, etc...
Malheureusement, je ne voyais pas la situation dans laquelle j’allais plonger.
Après une séance anodine chez une kinésiologue qui a réveillé toutes mes blessures latentes que j’avais enfuies au plus
profond de moi, c’est à partir de là que j’ai commencé à sombrer, soit en novembre 2006, soit, une année exactement après
la naissance de ma fille. Ce n’était pas un pur hasard ! La période du gros « baby blues » et la naissance de ma fille
refaisaient surface en force ! Mon inconscient n’avait pas réglé ses problèmes.
C’est alors que je n’ai plus pu dormir. Je passais des nuits blanches entières à tourner dans mon lit, à essayer de compter
les moutons, à penser à nos belles vacances, etc. rien n’y faisait, mon cerveau était en constante activité, je ne pouvais
pas faire le vide et me relâcher. Ma chambre, mon lit était devenu l’endroit à éviter, une prison, un cachot.
Mon moral baissait de jour en jour, mes journées étaient terriblement longues et fatigantes, mes angoisses devenaient de
plus en plus fortes et plus fréquentes, j’avais un point qui me serrait dans la poitrine et un nœud constant à l’estomac,
je n’avais plus d’appétit, la nourriture me révulsait, j’étais envahie de culpabilité en voyant mon état se détériorer car
je ne pouvais pas m’occuper convenablement de ma fille. Par la force des choses, ma puce a dormi sa première nuit chez ses
grands-parents le jour de ses 1 an. Elle était également plus fréquemment chez sa nounou, ce qui m’a beaucoup aidé. Je me
suis forcée à accepter que ma fille ne m’en voudrait pas et que je ne devais pas me sentir une "mauvaise mère" si elle
n’était pas à mes côtés. Il fallait que je prenne de la distance, du recul et absolument faire confiance aux autres afin de
m’en sortir. Je n’avais plus le choix, il fallait agir.
Malgré tout, ce fut pour moi un échec d’être devenue ainsi molle sans énergie. Je culpabilisais énormément de faire subir
cette situation à ma fille, à mon mari, à ma mère. J’avais tellement peur que ma fille ait été traumatisée par cette
terrible maladie qui m’avait attaquée.
Les mauvais souvenirs tels qu’avoir été plusieurs journées enfermée chez moi ou allongée sur dans mon lit, terriblement
triste, avec le sentiment d’être complètement abandonnée, alors que j’étais bien entourée, me resteront gravés à tout
jamais.
Je me forçais à faire des choses utiles mais c’était plus fort que moi, je n’avais rien envie de faire, le néant. Je ne
prenais plus soin de moi alors que je suis d’habitude très coquette, je n’éprouvais plus de plaisir à faire du lèche
vitrine ou à me maquiller, etc...
Je ne supportais plus d’être seule la journée et le soir, car j’avais peur et les seules personnes qui pouvaient me faire du
bien étaient ma maman et mon mari, car je n’avais plus aucune vie sociale, j’avais annuler tous mes rendez-vous, de toute
façon, les amis ne me comprendraient pas et c’était surtout très fatiguant de tenir une conversation.
Le regard souvent fixe, je n’arrivais plus à me concentrer, je me souviens d’un jour où je devais faire le décompte des
heures mensuelles de la nounou. J’en étais incapable, je n’arrivais même plus à faire une addition, c’était encore plus
dégradant pour moi de me voir ainsi, j’avais tellement honte.
Aussi, le fait même d’habiller ma fille, de lui préparer à manger, de lui donner à manger représentaient un effort
surhumain, je me souviens que je tremblais parfois, j’étais devenue maladroite.
Lorsque j’étais en face de ma fille, je me voyais enfant en elle, tous les souvenirs bons ou mauvais, les ressentiments,
les faits et gestes que j’avais occultés, la détresse de ma mère face aux difficultés de couple que vivaient mes parents,
tout me revenaient en pleine figure ! J’étais bouleversée d’être face à cette puissance de l’inconscient. Je revivais
complètement mon enfance à travers ma fille. La relation entre ma mère et moi étant enfant se mélangeait inconsciemment
dans mon esprit lorsque j’étais en présence de ma fille.
Il y a même des odeurs (les céréales de bébé, par exemple) me rappelaient diverses situations de mon enfance.
Je tiens à souligner que j’ai vécu une enfance tout à fait normale mise à part le fait de grosses difficultés dues aux
relations conflictuelles entre mes parents pendant plusieurs années précédant leur divorce (j’étais alors âgée de 7 ans).
La période difficile de la séparation entre ma mère et mon père fut pour moi vécue telle qu’une grande cassure intérieure et
quelques événements qui ont suivis furent également très déstabilisants pour une petite fille très sensible et timide que
j’étais.
Tous ces chamboulements douloureux furent occultés dans mon inconscient pendant dans longues années et l’événement
détonateur de la naissance de ma fille a réveillé ce « volcan ».
Je pleurais quelque fois seule en priant pour que les choses aillent mieux au plus vite, je criais en silence afin que l’on
puisse m’hospitaliser ou m’accueillir dans un centre "mère-enfant", je ne voyais que cette solution pour arrêter cette
longue descente aux enfers.
Mon médecin généraliste était désemparé ne réalisant pas dans quel état j’étais arrivé (il faut dire que face aux personnes
étrangères, je jouais un jeu, on ne pouvait pas se rendre compte de ma détresse), tous les psychiatres étaient également
complets en cette période de fin d’année. J’étais suivie par une psychanalyste qui m’écoutait et me comprenait bien mais il
fallait que je dorme ! Je pouvais sortir tous ce que j’avais sur le cœur, rien n’y faisait, le sommeil ne revenait pas pour
autant.
"Vers qui pouvais-je me tourner ? Belle-idée ? Chez les fous ! Hors de question", j’étais dans une impasse.
Après une nouvelle nuit blanche alors que je sentais que j’étais à la limite des hallucinations, je n’en pouvais plus. Nous
connaissions un ami psychiatre avec mon mari qui pouvait certainement m’aider. Nous ne voulions pas le contacter afin de ne
pas mélanger notre amitié avec mes problèmes personnels. Mais après presque un mois et demi d’ « agonie », il fallait agir.
La situation était grave.
Il m’a reçue aussitôt et a tout de suite su attaquer le problème très efficacement. J’étais enfin très soulagée d’être prise
en main. Il m’a sauvée. Les quelques semaines suivantes ne furent pas faciles, il fallait réapprendre à fonctionner
normalement et surtout réapprendre à dormir petit à petit, j’étais complètement déréglée. Lorsque je pouvais dormir 3 à 4
heures de suite, cela représentait un réel succès. J’allais souvent dormir chez ma maman afin de pouvoir me relâcher
complètement, c’était en quelque sorte une fuite vis-à-vis des obligations quotidiennes.
J’avais aussi énormément besoin de la présence de ma maman, du réconfort maternel, je me sentais protégée, sécurisée et
libre à ses côtés. Ce fut une étape que j’avais sautée, le passage d’adolescente/femme à mère. Il fallait que je recolle
les pièces manquantes du puzzle !!!
Mon état allait mieux de jour en jour, j’ai pu retrouver une vie normale tout en restant très prudente en me préservant. Je
connais maintenant mes limites et savoir dire « non » fait aussi partie du respect de soi-même.
En travaillant à temps partiel, ce fut une chance dans mon malheur, car j’ai pu tenir le coup sans que mes collègues s’en
aperçoivent. Je n’ai bien sûr rien dit à mon entourage. Seules très peu de personnes sont au courant de ce que j’ai vécu.
Cette maladie est malheureusement toujours mal perçue dans notre société actuelle, une étiquette nous est souvent attribuée,
comme étant des personnes faibles, déséquilibrées ou instables, etc. Il faut changer les préjugés, car n’importe qui peut
être touché.
Pour conclure, je peux maintenant affirmer, après plusieurs mois passés, que malgré la profonde détresse dans laquelle
j’étais, j’ai pu comprendre énormément de choses sur mon fonctionnement et sur mon passé. Ma mère s’est considérablement
ouverte sur son histoire personnelle ce qui m’a fait beaucoup de bien. Ainsi, j’ai pu comprendre beaucoup de choses sur ma
famille, sur le vécu de ma mère et les non-dits qui restent flous et très pesants.
Je remercie sincèrement mon mari, ma maman et mon ami médecin pour toute l’aide précieuse que j’ai reçue. Sans eux, je ne
serais pas sortie d’affaire et ma fille aurait certainement eu des séquelles.
Florence
Novembre 2007
|